[ENG]

” – Are you sure we made the right turn at the last crossroad ? We should’ve arrived more than an hour ago already…

– Look at the Moon man, we’re going South, I’m telling you. It‘s fine, we‘ll be arriving soon. You can sleep.

– I’m trying, but we’re freezing there. Can you turn up the heat?

– … It is already turned up. ”

The road is barely discernible. And what about the Moon, we can hardly get a glimpse of its light, blued by the ice. The snow is everywhere. It falls on the asphalt without a word. It races towards the windscreen, tirelessly, giving us the sensation of diving endlessly into a sky of stars. But there are no stars, no more than there is the Moon to light us up. It’s just us, maybe going in the wrong direction, who knows… Tonight, even the most experimented traveler would have trouble finding his way.

It’s impossible to sleep in this cold.

On both sides of the road, we can still discern the firs competing in height. They remind us that an animal could come out of the forest and cross the road at any time. Terrified by the headlights of the car in the night, it would certainly hit us head-on. I‘ve never had any accidents, but I can imagine that this one would be incredibly violent. Who would come to help us? We haven’t come across other vehicles for hours, on either side. The closest human activity is supposed to be one hour from here. Really, if we hit one of these animals… we’re done.

Come on, if I close my eyes, I won’t think about that anymore.

Tomorrow will be a better day. We should be able to cross the border at lunch time. Then, we’ll just have to drive along the coast for about 3 days. We’ll just keep going South. There, nature will be as wild as it is here. But I like to imagine it as more welcoming. Every night I dream about us, reaching the seaside that people always talk about. It’s said that the road comes out suddenly from a forest of giant sequoias onto a scenery that’s out of this world. Not surprising that they all find inspiration there.

” – Wake up man. We’re arriving. You’re not gonna spend the night in this car! ”

I feel like I dozed off for hours. The first rays of day light are appearing. I perceive the streetlights of the motel overhanging the parking lot. That’s it. We stopped the car…The guys are taking out three backpacks from the trunk.

We won’t get a lot of rest but just enough to give us the strength for our last journey. I should give them a hand and go to sleep for good. We’re getting up early.

” – I’ve been waiting for you. ”

I jump. A man is standing here, about ten meters in front of us, between the parking lot and the rooms of the motel. We stare at each other for a few seconds and then decide to come to him. He’s a teenager, about twenty. He’s smoking a thick awkwardly hand-rolled cigarette, no filter. He’s wearing a white undershirt, a pair of basketball shorts and flip-flops. We can’t believe the sight in front of us. It’s minus ten degrees, but this guy looks perfectly indifferent to the environment that surrounds him. He seems actually very proud of the reaction he triggered from his three visitors. I’m wondering if he didn’t do this on purpose himself, just to make us look like a bunch of tourists, unable to adapt to a new environment . He must have heard us arriving and didn’t think to put something else on his back when he left his room. He’s looking for something in his pocket. For a moment, I imagine him taking out a gun and killing us all in this parking lot.

He stretches out a bunch of keys.

” – I’m not gonna chat with you guys all night long. You’ve had a long trip and jeez you don’t look great. You better go sleep now. Here are your keys. Rooms 3, 4 and 5. There is some coffee at the reception. Checkout is at 11:00 am. That’s it. Good night. ”

A one night stopover…


 

[FR]

“ – Tu es sûr d’avoir pris la bonne route au dernier croisement ? On devrait être arrivés depuis plus d’une heure déjà…

– Regarde la Lune mec, on va au Sud j’te dis. C’est bon, on va bientôt arriver. Rendors-toi.

– J’essaie, mais on gèle là. Tu peux monter le chauffage ?

– … C’est à fond. ”

La route est à peine discernable. Que dire de la Lune, on en devine à peine la lumière, bleutée par la glace. Car la neige est partout. Elle s’abat sans un mot sur le bitume. Elle fonce droit sur le pare-brise, inlassablement, nous donnant la sensation de plonger sans fin dans un ciel d’étoiles. Mais il n’y a pas d’étoiles, pas plus qu’il n’y a de Lune pour nous éclairer. Il n’y a plus que nous, qui prenons peut-être la mauvaise direction, qui sait… Cette nuit, même le voyageur le plus expérimenté serait bien en difficulté pour trouver son chemin.

 Impossible de dormir dans ce froid.

On discerne encore de part et d’autre de la route les sapins qui rivalisent de hauteur. Ils nous rappellent qu’un animal sauvage pourrait sortir de la forêt à tout moment pour traverser. Terrifié par nos phares qui surgissent dans la nuit, il nous percuterait de plein fouet de façon certaine. Je n’ai jamais eu d’accident, mais j’imagine que celui-ci serait d’une violence inouïe. Qui viendrait nous secourir ? Nous n’avons pas croisé le moindre véhicule depuis des heures, dans un sens comme dans l’autre. L’activité humaine la plus proche est censée se trouver une heure devant nous. Vraiment, si on se prend une de ces bêtes… on est dans la merde.

Bon allez, si je ferme les yeux, je n’y penserai plus.

Demain sera une journée bien plus douce. On devrait pouvoir passer la frontière à l’heure du déjeuner. Ensuite, il suffira de descendre le long de la côte et de rouler pendant environ 3 jours, direction “le Sud”. Là-bas, la nature sera toujours aussi sauvage, mais j’aime l’imaginer plus accueillante. Je rêve chaque nuit d’atteindre le bord de mer dont on nous a tant parlé. On dit que la route sort soudainement d’une forêt de séquoias géants et s’ouvre sur un paysage de bout du monde. Pas étonnant qu’ils trouvent tous l’inspiration là-bas.

“ – Réveille-toi mec. On arrive. Tu vas pas dormir dans la voiture quand même ! ”

J’ai l’impression de m’être assoupi pendant des heures. Les premières lueurs du jour apparaissent. J’aperçois les réverbères du motel qui surplombent le parking. Ça y est nous sommes arrêtés… Les gars sont en train de sortir les trois sacs à dos du coffre.

 Le repos sera de courte durée mais juste assez pour nous donner les forces pour le dernier voyage. Je devrais leur donner un coup de main et aller dormir pour de bon. On va se lever tôt.

“ – Messieurs… je vous attendais. ”

Je sursaute. Un homme se tient juste là, une dizaine de mètres devant nous, entre le parking et les chambres du motel. On se regarde tous les trois quelques secondes puis on se décide à avancer vers lui. C’est un gamin, même pas la vingtaine. Il fume une épaisse cigarette maladroitement roulée à la main, sans filtre. Il porte un marcel blanc, un short de basketball et une paire de tongs. On a du mal à croire le spectacle qui se présente devant nous. Il fait moins dix degrés, mais ce mec à l’air parfaitement indifférent au paysage qui l’entoure. Il semble en revanche très fier de la réaction qu’il suscite chez ses trois visiteurs. Je me demande s’il n’a pas préparé son coup depuis un moment, histoire de nous faire passer pour une bande de touristes incapables de s’acclimater. Il a dû nous entendre arriver et n’a rien mis sur le dos en quittant sa chambre. Il cherche quelque chose dans sa poche. Pendant un instant, je l’imagine sortir un flingue de son short et nous tuer tous les trois sur ce parking.

 Il nous tend un trousseau de clés.

“ – J’vais pas vous causer pendant des heures les gars. Vous venez d’loin et vous avez des sales têtes. Faut allez dormir là. Voilà vos clés. Chambres 3, 4 et 5. Il y a du café à l’accueil. Le checkout est à 11h00. J’vous laisse les gars. Bonne nuit. ”

Une escale pour un soir…